...La Citroën DS,
.. élue comme la meilleure tractrice des caravanes.
 
En 2018, lors d'une permanence en Mairie du XVe animée par la Société historique, quelques échanges eurent lieu avec François de Béru autour de la Citroën DS dont sa sortie était tenue secrète et je demandais à mon interlocuteur si cette voiture avait été prévue pour tracter les caravanes.

 

 
F. de Béru. : il existait un local secret où était préparé le modèle de DS du Salon de 1955. Je le dois à André Lalanne, aujourd'hui décédé, mais que j'ai connu lorsque je rédigeais un article sur Citroën en 2009.

Il écrit dans "Les Hommes de la DS" (brochure non commercialisée) qu'en 1935, Michelin a introduit chez Citroën le culte du secret, mais que cela n'a pas empêché les fuites (révélations de l'Auto-Journal dans son n° du 1er avril 1952).

Les études restent conduites par le Bureau d'études du 48 rue du Théâtre (BEA). Cependant, il note ceci : "On crée à Javel, à l'écart, un local secret baptisé Bocal 833 (n° de téléphone du local) afin d'effectuer en toute confidentialité, le montage des vingt premiers véhicules destinés aux tests routiers de La Ferté-Vidame, puis aux essais clientèle.

Les trois voitures destinées au Salon sont réalisées au Bureau d'études. Bien entendu, Bertoni, qui fait partie du BEA participe à cette mise au point. Un plan dessiné par A. Lalanne permet de situer le Bocal 833 (photo ci-après). Il correspond à l'arrière de la façade d'angle du quai de Javel et de la rue Leblanc, qui est celle d'un café, enclavé dans l'usine, qui existait avant Citroën (seconde photo vers 1975).

Je n'ai trouvé dans ces deux livres aucune allusion à une préoccupation de tractage de caravane. Voici ma modeste contribution. Très cordialement. François de Béru.
 
 
 
 

F. de DDD : Merci à M. de Béru pour sa très intéressante contribution.

Les toutes premières discussions autour de la DS doivent remonter loin.

Les artisans français Henri Hénon et Joseph Notin en 1928, se lancèrent dans la construction
de remorques/caravanes dotées d'un très grand luxe et réservées à une élite.

L'histoire de la caravane a touché toutes les classes sociales.

La caravane commence 450 années av. J.C. avec le peuple nomade des Scythes. Ensuite ce sont les Romains. Pierre Charvel explique dans son livre que le peuple des Scythes avait
inventé aussi le mobilier pliant. Il a été trouvé une table scindable en deux parties avec des
pieds finement ciselés.

A la fin du XVIIIe commence l'épopée américaine, le chariot Conestoga, puis le prairie Schooner, popularisé par les Westerns populaires, le chariot de berger (Sheep wagon vers 1860). Fin du XIXe, c'est la nouvelle migration des Tziganes, des Romanichels etc... d'Europe centrale. En France, Louis Baudry de Saunier avec sa remorque "Pigeon vole" en 1896 la voir ici.

En 1910, les premiers camping-cars britaniques apparaissent suivis des premières caravanes anglaises en 1920 avec Eccles voir ici les pages de Pierre Charvel à propos de ce nomadisme de luxe...

En France, au début des années 20', ce sont les sensationnelles constructions de Charles Louvet voir ici

En 1935, Monsieur Notin expose ses remorques/caravanes à la foire de Paris. D'autres
grands artisans avant guerre ont conçu des remorques (Ets Lemarié "l'Escargot", Bourreau
& fils "Sologne") et puis il y avait d'autres artisans connus ou moins connus qui fabriquaient
des caravanes. Certains en ont fait beaucoup, d'autres quelques centaines, d'autres moins et d'autres personnes encore n'en ont fait qu'une seule.

Les 4 grands constructeurs d'avant guerre en France.

Cliquer ici : Hénon, Notin, Bourreau Sologne & l'Escargot

La génération suivante de constructeurs et arrivant après guerre sont : Paul Tesserault, Alexandre Sterckeman, Pierre Digue, Caravelair-Trigano, puis Monsieur Biré pour les
caravanes Star, Marius Gruau, Esterel, les frères Georges & Jacques (de leur père fon-
dateur E. Rotivel depuis 1945) et d'autres encore qui établissent le caravaning démocratisé
à l'aube des années 60'.

La caravane conçue pour accrocher à une voiture.

L'automobile étant un milieu masculin, à contrario la gent fémine a eu un rôle important et déterminant dans le caravaning français à commencer par Simonne Digue puis avec
Nicky Grassart en tant que journaliste. La caravane est bien "féminine" devenue une
aventure familiale puisque la femme ne partait pas sans ses enfants.



A ce lien ici le palmarès des constructeurs en 1975.

Cet apaisement trouvé dans une caravane ancienne, un "bien être". Le choix est grand de nos jours, en raison d'un parc de caravanes d'occasion conséquent. De plus en plus, les personnes intéressées recherchent "un coup de coeur".

On recherche une "Digue Amorette" ? Non, j'ai repéré une "Dakota".



Une jolie "Amorette" !


 
Citroën ID/DS
 
Cette étude visionnaire et révolutionnaire de cette voiture (aérodynamisme et suspension olépneumatique) répondait à ce tout nouveau caravaning, pour "fendre" la route et pour que
le train arrière de l'auto ne s'affaisse pas, entrainant une parfaite stabilité.
 
 

En 1955 la DS 19 est présentée au salon de l'automobile conçue par Flaminio Bertoni,
André Lefebvre et Paul Magèsque.

En 1955 les choses évoluent du côté des caravanes. Entre autre, le constructeur "Brétecher"
est victime d'une contrefaçon et les caravanes anglaises et modernes débarquent en France.


Caravane "Fairholme" tractée par une Chevrolet de Roger Pagnier "Digue & Cie".

1955 les véhicules de loisirs sont nouvellement rattachés à la Fédération française de la carrosserie.

Simonne Digue de son côté en 1955 modifie la première société de son mari créée en 1945 (carrossier constructeur) en une nouvelle S.A.R.L. :
Caravanes accessoires Pierre Digue & Cie".
Madame et Monsieur Digue en seront les
gérants. Quelle était la position exacte de leur associé Roger Pagnier ? était-il déjà Directeur Général adjoint ? (pas de traces ni d'archives trouvées).

A Levallois Perret, capitale de l'automobile et où tout se passait, Pierre Digue en 1945, s'était
fait remarquer avec ses petites remorques pour la remorque industrielle. Cela fût un bon pas
en avant. Lorsque l'on observe ses publicités : Pierre Digue, créateur de la remorque
"Canadienne". En 1947, ce sont les remorques pour le camping.

Avant 45 et avec son père charron... Monsieur Dailliez explique que posséder un garage
avant guerre dans Paris, cela n'était pas rien !

En 1956 Pierre Digue signera un contrat d'exclusivité avec les Anglais pour les "Sprite" et
qui ont le plus séduit les Français et il sera importé d'autres marques anglaises "Fairholme", "Freeman", "Holgate".

En cette même année le mot "caravane" est officiellement adopté en France au lieu de
"roulotte" ou "remorque".

Le Général de Gaulle augmente la taxe sur les coûts d'importations : "Jeunes et nouveaux Caravaniers, je vous ai compris ! mais il faut faire travailler la France !".



Quelques temps après, Pierre Digue s'apperçoit que la re-distribution des caravanes
anglaises est en baisse. En 1957 Il décide alors de les construire "made in France"
(sous licence anglaise) ce qu'il lui permettra de retrouver de meilleurs tarifs et ainsi
reprendre son objectif à savoir :

le développement de la caravane chez nous, en France.




Ci-dessus : deux communiqués
de Pierre Digue :
cliquer ici :



La lumière *** était si intense chez "Digue & Cie" que tout le monde venait
frapper à sa porte. Pierre Digue entamera un procès avec un ex collaborateur (caravanes "Traeler") et c'est la sortie iminente des nouvelles et belles
"Welcome" en
1963.



1963 est aussi la naissance de la Chambre Nationale des Constructeurs de Caravanes et Maisons Mobiles (CNCCMM). 2305 années après la création des premières caravanes par le
peuple des Scythes (450 av. J.C.).

*** en 1965, "Digue & Cie" dans le nouveau concept "gamme" sort 2 caravanes "Mariner's et "Ranger's - "Spatiale" et dont les tarifs descendent encore.

Début 60' le constructeur "Caravanes & accessoires Pierre Digue & Cie" pense aux concessionnaires autos pour constituer son réseau national mais aucun des vingt mille
contactés n'accepte et ce sont finalement les magasins de sport "La Hutte" qui s'en chargent. Monsieur Dailliez explique par exemple que dans sa région Bordelaise, "la Hutte" en vendait
peu et face à la sensationnelle station service de la Caravane que Digue & Cie lui avait
construit en 1964.

Lorsque les constructeurs autos se sont apperçus de ce succès des caravanes made in
France, le constructeur automobile "Renault" par exemple eut l'idée d'en concevoir

c'était dans l'air...

 

Pierre Digue en parlait : "si les constructeurs autos se mettent à faire des caravanes, nous ne pourrons pas suivre ! ils sortiront des modèles très intéressants, performants et dont les prix
seront tirés !"
Michel Dailliez

 
Et c'est ce qu'il se passera quelques temps après, où les tarifs vont encore baisser, avec
l'arrivée en France des caravanes "Adria" nées en 1965 sur les bords de la mer Adriatique.
Cette marque arrivera au fil du temps en tête du marché.
 
Jadis, le milieu de la caravane et celui de la voiture ne faisaient pas si bon ménage.

Et puis les choses se sont arrangées. Mais attention de bien prendre part de nos jours,
du P.T.R.A. Poids Total Roulant Autorisé admissible du véhicule tracteur qui celui-ci,
indique le maximum qu'il est autorisé à tracter.

L'industrie des véhicules de loisirs n'a définitivement rien à voir avec celui de l'automobile.
Ce sont 2 mondes bien différents dans leur conception et dans leur organisation.
 
 

La DS prévue pour tracter était juste une idée et après une dernière lecture de plusieurs récits
dont le premier est celui de Christian Sterckeman qui semble en être le plus convaincu :

Extrait du livre de C. Sterckeman "La belle histoire des caravanes Sterckeman"
sorti le 1er juillet 2005.

1958 - 1959 : ...Grâce à l'Auto Journal, la caravane entrait dans la grande famille des
véhicules routiers modernes. Les constructeurs automobiles nous considéraient avec mépris : comment ? atteler des remorques quasi agricoles à leurs saintes voitures ?
Autant demander aux trotteurs de Longchamp de labourer la Beauce !

Ces constructeurs automobiles, en fait, n'appréciaient pas l'effort de traction qu'exige la caravane. Ainsi, Peugeot, avec sa 403 sortie en 1955, préconisait-il 350 kg de poids remorquable. C'était pire que de ne rien dire car la plus légère des caravanes pesait dans les 650 kg. Cela signifiait l'interdiction, par son constructeur, de tracter une caravane avec une 403, qui était une voiture très appréciée. Ce point de vue de constructeur automobile n'était pas une loi, mais nous devions nous employer à le contourner. Ainsi, les bancs d'essai réalisés avec la même 403 attribuaient des qualités de tractrice à la voiture.

Heureusement, quand Citroën sortit l'extraordinaire DS 19, peu de temps après, il recommanda
750 kg de poids remorquable et étendit même cette limite à 1 tonne. Les ingénieurs du Quai de Javel, conformes à la tradition de la maison, révolutionnaient une fois encore l'automobile. Cette voiture était aussi conçue pour tracter, grâce notamment à sa suspension oléopneumatique. Ils comprirent qu'il y avait dans le marché naissant de la caravane, une potentialité nouvelle pour la commercialisation de leurs véhicules.

Attitude visionnaire comme l'engin lui-même dont le dessin était aussi pur qu'un os taillé de la préhistoire.

La DS fût d'ailleurs considérée en France et ailleurs, comme la meilleure tractrice adoptée par
les caravaniers quand ils le pouvaient. Les revendeurs de caravanes, en recommandant la
DS19, devenaient naturellement des représentants bénévoles de Citroën.

Ces deux exemples illustrent comment l'automobile cousine germaine de la caravane, pu se montrer, selon le cas, bonne soeur ou mauvaise copine.

Si on le désire Voir ici ces quelques pages originales.

 

 
F. : A travers "le guide de la caravane et du camping-car" sorti en 1973 et rappelons que Pierre Charvel avait également un pied dans l'automobile, devenu rédacteur en chef à l'auto journal tout comme Nicky Grassart dans ces 2 milieux. Pierre Charvel et Nicky Grassart
devaient habilement composer dans leur métier.

Pierre Charvel écrira page 142 :

... on attelle les caravanes à des voitures de série, souvent peu préparées ou mal adaptées au travail nouveau qu'elles devront affrontées. Heureusement, tout se passe la plupart du temps le mieux du monde et la suspension arrière de la tractrice accepte le mariage sans trop broncher. Mais que faire si la mésalliance est totale ? Les constructeurs pensent d'abord au confort des passagers que leurs voitures doivent transporter. C'est normal. Aussi, les suspensions sont-elles douces, les pneumatiques à basse pression et les amortisseurs très souples...
 
 

F. : La DS conçue aussi pour tracter ? et peut-être sans le "claironner" dans le milieu auto peu enthousiaste aux caravanes à cette époque et après avoir fait ses preuves, la DS subtilement
et tout en douceur était devenue une sublime déèsse et pas seulement pour les caravanes...