...Echanges avec Madame Verdrot
.. et un nouveau recueil de Monsieur Dailliez.
 
 
Madame Jacqueline Verdrot présente son défunt mari, Maurice Verdrot 1918 - 2009 et qui avait commencé dans les années 50' par vendre des tentes "Trigano". Madame Verdrot évoque André Trigano qu'elle connait bien.
 
Jacqueline Verdrot : Nous habitions Paris et mon mari était indépendant. Il était commissionné sur ses ventes. La concurrence est arrivée, mon mari a ensuite travaillé pour les caravanes "Gruau" et nous nous sommes installés à Laval (53 - Mayenne) où se situait cette entreprise. Nous avions fait construire une belle maison et qui aura été de toute ma vie, ma préférée où les enfants ont grandi.
 
Puis c'est en 1963, aux réunions à la Chambre Syndicale des Constructeurs de Caravanes (1) que Simonne Digue remarque Maurice Verdrot. Madame Digue débauchera Monsieur Verdrot et l'engagera chez "Digue & Cie".
 
J.V. : Pour "Digue & Cie" Maurice contrôlait, surveillait, animait le réseau et il se composait :
 
- des concessionnaires régionaux. (concessionnaires officiels & grands centres stations services de la caravane : Coignières 78, Bordeaux 33, Monnaie 37, dans le Nord, en Alsace... etc...) :
 
- localement, des sous-concessionnaires les agents et des sous-agents.
 

Les concessionnaires se chargeaient d'effectuer des sondages dans les petites villes. D'exposer une ou deux caravanes et si ça marchait, on leur en ramenait d'autres. Les concessionnaires ainsi multipliaient les ventes. Les concessionnaires redistribuaient les infos à leurs unités (sous-concessionnaires agents, sous-agents). Ils avaient un quota "Digue" à suivre et ils finissaient l’année sans stock. Ils assuraient l'après vente.

 
Il n'y avait que les concessionnaires qui étaient en contact avec "Digue & Cie" à Rozoy. Les agents et les sous-agents devaient passer par le concessionnaire pour tout et pour régler leurs problèmes.
 
Si la concurrence, les autres marques de caravanes venaient démarcher les concessionnaires, ils leur répondait :
 
Ah non, je ne peux pas, j’ai une exclusivité avec "Digue & Cie”. (2)
 
"Digue & Cie" ont structuré un solide réseau qui se soutenait mutuellement, constructeur et concessionaires. Le concessionaire avait un pb ? le constructeur l’aidait à le remédier. "Digue & Cie" était près de leurs concessionaires, professionnels et amicaux. Ils suivaient leurs affaires, ne laissait rien trainer. Chaque décision était mûrement réfléchie. Ils suivaient aussi les clients.
 
 
J.V. : Pierre et Simonne Digue étaient par ailleurs très bien entourés et conseillés : financiers et avocats.
Mon mari était donc en relation avec tous les concessionnaires et il remontait les infos à Roger (Roger Pagnier associé "Digue").
 
Lors de nos vacances nous partions loin. Au Norvège, en Allemagne, en Autriche, avec une caravane. Loin, afin de la tester et toujours avec un dernier modèle. Souvent un prototype. Son comportement sur la route puis installée au camping. Nous regardions ce qui allait, ce qui n'allait pas. Un rapport très précis était rédigé à Roger pour l’usine.
 
Mon mari a eu 23 Citröen DS ! Il en changeait tous les 18 mois environ.
 
 
François de Béru historien du XVe et passionné de Citröen
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Retour avec Madame Verdrot
 
François de DDD. : 23 DS ? DS23 - cette voiture élue comme la meilleure des tractrices.
Un rapport à Roger Pagnier et à Pierre Digue technicien-carrossier de métier.
 
J.V. : oh Pierre Digue surveillait ça de loin... Une fois que l'affaire a été lançée (3) il y allait en dillétante. Il était souvent en retrait et puis Pierre Digue ne pensait qu'aux bateaux. (4)
 

F. : Mais Pierre Digue devait tout de même se concerter avec ses associés, avec Roger Pagnier et aussi un peu avec tout le monde à l'usine. Il y avait sans doute quelques débats animés et des choses à régler. Donner des directives.

 
J.V. : oui en effet et Pierre Digue n'était pas toujours d'accord avec sa femme ! mais il la laissait faire la plupart du temps. Pierre Digue se faisait discret et d'une manière générale, il n’aimait pas tellement le contact, encore moins se mettre en avant.
 

F. : Pierre Digue était-il toujours d'accord avec Roger Pagnier ? de Monsieur Dailliez, son oncle Pierre Digue était un technicien. Simonne Digue et Roger Pagnier étaient des commerciaux et des trésoriers.

 
J.V. : oui, c'est vrai, mais à l'usine, mon mari n'avait à faire qu'à Roger.
 
F. : Roger Pagnier était peintre à l'origine mais il a appris à monter une caravane. Monsieur Pagnier possédait également de grandes qualités commerciales et notamment pour le réseau des concessionnaires.
 
J.V. : Roger était très impliqué dans l'affaire. Madame Digue était très présente aussi et dans différentes choses. Pierre et Simonne Digue faisaient entièrement confiance à Roger.
 

F. : Il devait y avoir tant à faire. M. et Mme Digue, mari et femme et travaillant ensemble. Cela a dû être "caravane" en continue ! du "non stop". Et leur vie privée et de famille ? ils devaient sans arrêt recevoir des coups de fil. Certains urgents et même le dimanche et surtout lorsque l'on exerce une nouvelle activité industrielle, comme celle-ci, avec une usine et beaucoup d'employés. Tout était nouveau et "bonjour la pression !".

 
J.V. : oui, ils en parlaient constamment et avec mon mari, nous aussi en parlions le soir à la maison. Nous étions proches de Pierre et de Simonne Digue. Nous nous rendions chez eux et puis en 1966, il y eut le club Digue avec Madame Digue. Nous aimions tous ça. L'ensemble était effectivement une affaire très prenante !
 
F. : Et comme vous l'expliquiez, avec Madame Digue qui avait un sacré tempéramment. La première à foncer ! Pierre Digue fils expliquait que sans arrêt, Simonne Digue sa belle-mère, "boostait" les 2 hommes, du style à leur piquer les fesses avec une fourchette : "allez ! allez faire des caravanes !"
 
J.V. : Ah oui (rires) et il fallait suivre avec Madame Digue !
 
F. : Elle était plus que dynamique !
 
J.V. : Une bombe ! Et quand ça n'allait pas, elle le faisait savoir et tout de suite. Parfois elle s'emportait puis elle regretait mais elle était comme ça, entrainante et avec cette qualité de la franchise. Elle avait un coeur énorme et elle était si généreuse. Elle offrait des cadeaux.
 
F. : En recevait-elle ?
 
J.V. : Elle donnait bien plus qu'elle ne recevait et d'ailleurs quand quelqu'un lui offrait quelque chose, je me souviens, elle était toute émue, presque bouleversée. C'était comme si le ciel lui tombait sur la tête !
 
F. : Simonne Digue en 1914 a 4 ans et son papa s'en va à la guerre, puis avec son frère et sa soeur, elle devra aller vivre chez ses grands-parents (M. Dailliez). Beaucoup d'enfants ont été malheureusement dans ce cas là.
Et Monsieur Digue ?
 
J.V. : Pierre Digue à côté était très réservé mais parfois je l'ai vu aussi prendre la parole avec éloquence ! se fâcher ce qui était relativement rare. La plupart du temps, Simonne Digue intervenait. Monsieur Digue n'en rajoutait pas.
 
F. : C'est très instructif Madame Verdrot tout ce que vous expliquez. Merci. Pierre et Simonne Digue sont des personnes très intéressantes. Monsieur Pagnier également. Souvenez-vous de cette période dans les années 60 où l'on vient de passer de la caravane artisanale à la caravane industrielle ?
 
 
J.V. : Oh oui ! dans les années 60, TOUT LE MONDE VOULAIT UNE CARAVANE ! MAIS TOUT LE MONDE ! (5) (Madame Verdrot insiste, monte le ton et appuie sur les mots). Les gens les découvraient ! (Madame Verdrot sourit. Ses yeux se remplissent de nostalgie). Les femmes regardaient le coin cuisine, le petit évier, les lits pour les enfants, tous les rangements. Tout le confort et les commodités dans une caravane. Elles voulaient les voir toutes ! et pour les comparer. Tantôt elles préféraient le lit "presto" toujours fait, d'autres préféraient la dinette 4 places à défaire le soir.

Les caravanières & les caravaniers clique ici

Elles aimaient choisir surtout et elles avaient le choix, suivant la taille et le poids de la caravane. Dans les ménages, acheter une caravane était pour faire plaisir aux épouses qui s'émerveillaient ! elles les trouvaient toutes jolies. La plupart du temps, c'était la femme qui la choisissait. Les hommes devant les sourires de leur femme se penchaient alors d'avantage et sérieusement sur tout l'aspect technique : l'homme tournait autour de la caravane et regardait à la flèche tout en posant des questions sur le freinage, puis le comportement de la caravane sur la route. Puis ils s'intéressaient aux différents accessoires et options : stabilisateurs... le réfrigérateur, stores bleus D.G. extérieurs. Les familles découvraient quelque chose de nouveau et pour leurs vacances !

Comme j'ai vu des familles heureuses dans leur caravane, c'était un vrai bonheur. Beaucoup étaient auparavent sous la tente.
 
Y'a quelqu'un ??
 
J.V. : Beaucoup de femmes se plaignaient de la tente, par manque de confort, dormir par terre et pour leurs enfants. Alors, quand les caravanes sont apparues, quel enchantement ! au fur et à mesure beaucoup de gens ont lâché la tente pour une caravane.
 
 
J.V. : L'achat d'une caravane représentait un achat sérieux et ils allaient en prendre soins.
C'était leur maison de vacances en famille !
 

F. : Vrai. Lorsque j'étais enfant, je me souviens de voisins, c'était une famille avec 2 enfants et qui partaient chaque été avec leur Renault 16 TL de 1971 bleu claire et avec une Digue 390 GS. L'ensemble était rigoureusement entretenu et il représentait pour moi, l'attelage français par excellence. Discret, classique et qui m'a tant fait rêver. Ma mère vendait des Trigano. Elles étaient très carrées comme un morceau de sucre et très voyantes, avec un large bandeau orange. Un jour où je vendais des billets de la tombola, je frappe à la porte de cette famille R16/Digue et sur les murs de leur entrée d'appartement, il y avait plusieurs sous-verres de leur attelage en "traction". Cela m'avait frappé à l'époque. Je n'étais donc pas le seul à le sublimer. Voilà, durant toute l'année hors vacances et à chaque fois qu'ils regagnaient leur domicile, l'attelage était là, sur les murs. Cela peut paraître naïf. Oh non... pas pour cette famille qui devait attendre patiemment 11 longs mois pour l'utiliser et partir en vacances dans un bonheur simple et heureux.

 
 
La famille aime se retrouver en caravane. Un lien très fort. La réduction de l’espace rapproche les protagonistes. Un espace complice.
Source : livre “La conquête du temps libre” D’UNIVDL 1963 – 2013.
 
J.V. : oui c'est exactement ça. Un bonheur simple et heureux.
 
F. : Le camping-caravaning évoque la liberté. Comment la marque "Digue" dans les années 60 était-elle perçue en France ?
 
J.V. : les caravanes "Digue" étaient partout ! toujours en avant et bien représentées. "Digue" avait la réputation d'une maison très sérieuse. Ils ont d'ailleurs lancés pas mal de monde dans ce métier. Les clients qui en achetaient une en parlaient ensuite dans leurs familles, à leurs frères et soeurs et amis aussi et à leur tour, ils en achetaient une. Cela faisait boule de neige !
 
F. : c'est dingue... et rapidement début 60' d'autres grandes marques sont apparues.
 

J.V. : Des gens ont voulu faire comme Digue. Ils ont donné envie de faire pareil !

 
F. : A la lecture du livre de Christian Sterckeman où l'on apprend beaucoup de choses et notamment au sujet d'un milieu professionnel "sans merci". Après ce succès, "Digue" a été pas mal critiqué. Pour que Madame Digue s'exprime à ce sujet dans le 1er bulletin du club Digue le découvrir ICI
 
 
Le mot de Madame La Présidente
 
 
 
J.V. : Le succès des caravanes "Digue" a créé de l'animosité. Pendant un moment, "Digue" était devenu une tête de turc !
 

F. : A ce point ?? c'est dingue... et ce procès avec les caravanes "Traeler". Monsieur Dailliez m'a révélé que son oncle et sa tante en sont ressortis très déçus. (6) Savez-vous si tout cela est la cause du départ de Monsieur et de Madame Digue ? Michel Dailliez ne sait rien de plus à ce sujet. Dans son livre, Christian Sterckeman évoquait-il une lassitude ?

 
J.V. : Ils étaient fatigués. Pierre Digue avait une petite santé. A table, il mangeait peu, pas de tout. Quand ils ont décidé de se retirer, ils ont dit à Roger : "tu prends tes dispositions... hein... nous, on arrête". (7).
 
 
Quand une chose était bien, elle est mémorisée. Aujourd'hui les caravanes Digue ressortent de tous les côtés et par dessus le marché (avec jeu de mots) de la caravane actuelle, elles figurent toujours et parmi les moins chères.
 

Un grand merci à Madame Verdrot et comme Monsieur et Madame Dailliez qui évoquent d'excellents souvenirs de cette épopée "caravanes" autant professionnels qu'amicaux. Très éloignés géographiquement, Mme Verdrot et M. et Mme Dailliez s'envoient des petits mots. Pour leurs retraites, Monsieur et Madame Verdrot s'étaient rapprochés de Monsieur et Madame Pagnier où ils eurent de bons moments ensemble. Les années ont passé... Il n'y a plus que Madame Verdrot et qui ne se lasse pas de revenir sur tous ses souvenirs merveilleux. Madame Verdrot sera bientôt centenaire ! "Chapeau" Madame Verdrot !!!

 
 
La brochure du "Spécial panorama Digue" en 1970, 33 % du marché Français est ici
 
Madame Verdrot parlera aussi de ses souvenirs lorsqu'elle était plus jeune encore. Ceux après guerre. Madame Verdrot a des souvenirs intacts. Son papa était militaire tout comme le papa de Michel Dailliez. Lorsque Madame Verdrot évoque les années 60 du caravaning, elle revient également 10 ans en arrière...

J.V. : après guerre, tout marchait ! tout ce que vous entrepreniez, marchait !

Madame Verdrot revient sur ce jour en 1944.

J.V. : quelle journée mémorable où j'étais présente à Paris ! quelle joie dans les rues, les gens dansaient partout !! et ce défilé avec les Américains. Ils étaient magnifiques, ils avaient une allure ! ils souriaient. Ils avaient de beaux uniformes modernes. Des pantalons repassés avec le pli, la chemise impeccable. Nous les regardions "béhat". Ils étaient de vraies gravures de mode ! les uniformes de nos soldats Français à côté étaient vieillots. La chemise qui sortait du pantalon et ils portaient de vieilles balmoltières.

Par la suite, les Américains nous ont apporté plein de choses ! le café moulu, le réfrigérateur ! un vent de modernité ! et aussi une façon de prendre les choses et d'aborder la vie décontractrée !

F. : et en mâchant du chewing gum ? Madame Verdrot rit !
 
Nos premières rencontres ont eu lieu en 2018 et Madame Verdrot s'exprimait encore à propos de l'époque actuelle (en 2018) :
"si l'humanité était raisonnable, tout irait mieux !"
 
 
Le défilé sur les Champs Elysées avait été demandé par le Général de Gaulle à E. Isen Hover, chef suprème des armées alliées contre l'Allemagne. Il y avait 2 divisions qui étaient passés sur les Champs et ça n'était pas un show ! Les Américains se rendaient à l'est de la France puis en Allemagne. Ils allaient au front.
 
 
En 1967
se retirent...
La composition de ce concerto intervient juste après les trois ans de dépression nerveuse dans laquelle Rachmaninov a plongé à la suite de l'échec de sa première symphonie, démontée par des critiques impitoyables. C'est grâce au traitement du docteur Nicolas Dahl, un neurologue russe pratiquant l'hypnose selon l'enseignement de Charcot et qui lui conseille d'écrire ce concerto, que Rachmaninov arrive à sortir de cette crise et retrouver sa créativité. Ce concerto sera dédié au docteur Dahl en guise de remerciement.
La fin du concerto à la 31è minute : GRANDIOSE ! Sur le bateau, dans un repos mérité, concédé, Pierre & Simonne Digue prennent le large et loin de tout tracas. Onze années plus tard, cliquer ici
 
 

Notes et commentaires numérotés de 1 à 7
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